Le Zimbabwe dont il ne faut pas avoir peur
Par Ced, jeudi 31 mai 2007 { Thème Confessions } | commenter
Pour ce dernier mois sous les couleurs de l'Afrique, les 2 destinations seront d'abord le Zimbabwe puis le Botswana avant de rejoindre Johannesburg et voler vers 4 nouveaux mois dans un autre continent, une autre atmosphère, un autre monde : l'Asie du Sud Est.
Mon entrée au Zimbabwe fut presque le premier moment tout en musique en terres africaines où la danse et le chant sont omniprésents certes mais où les opportunités de la vivre comme j'en ai eu l'honneur sont peut être rares. Le festival de Zanzibar était un festival où les choses sont organisées, planifiées. Là , il aura suffit d'un bus presque rempli de Zambiens partis au Zimbabwe dans le cadre de leurs croyances et d'un projet avec leurs homologues de Harare, la capitale du Zimbabwe. Juste après avoir passé la frontière, ça a démarré très doucement, une femme chantonnait seule et me faisait penser à Nina Simone. Après une bonne demi-heure, ce sont plusieurs femmes qui se mirent à suivre en reprenant un refrain dont je ne pouvais que reconnaître le mot " Hallelujah ". De 5 ou 6 d'entre elles, ce sont bientôt une vingtaine qui prirent le rythme qui, à chaque nouveau chant, s'accélérait et commençait à couvrir le bruit du moteur. Les mains claquaient sans arrêts, des cris de joie retentissaient à la fin de chaque chant pour féliciter celui qui l'avait initié et ça sifflait dans tous les sens, une euphorie qui pourrait durer des heures ... Je ne pouvais plus hésiter, je ne suis pas fan de ces touristes qui foncent sur leurs appareils photos dès que ça chantonne au coin de la rue, mais ce moment là avait quelque chose de magique et même assis au fond du bus, sachant très bien que je n'aurais aucune image car il faisait un noir absolu, j'ai enclenché le caméscope discrètement et ce sont au final plus de 45 minutes de chants repris par les femmes et les hommes (ce qui n'est pas courant) assis dans ce bus que je n'oublierai certainement jamais. Une collection de voix qui n'ont plus besoin d'apprendre mais qui, on s'en rend compte rapidement, pratiquent régulièrement et s'accordent entre elles tout en laissant la liberté à chacune de s'exprimer, de prononcer les mots qu'elle aura choisi, de raconter son histoire en étant certaines que les cordes vocales avoisinantes se feront un plaisir d'accompagner une nouvelle improvisation que l'on sent profondément accueillie comme étant toujours la bienvenue. J'ai encore des frissons en essayant de retranscrire ce pur moment de bonheur !!!
Les origines des habitants du Zimbabwe viennent du peuple Shona originaire du Congo mais également du peuple Ndebele qui lui vient de la région Zoulou en Afrique du Sud. Le pays est grand comme 3 fois l'Angleterre et se situe principalement entre 900 et 1700 mètres d'altitude. Son indépendance a été déclarée le 4 Mars 1980.
Arrivée à Harare tard dans la nuit et il faut déjà faire face au principal problème de ce pays dont beaucoup sont effrayés : l'argent. Ce n'est pas compliqué : 1 Dollar US vaut 250 dollars Zim à la banque mais il peut en valoir plus de 20 000 dans la rue alors c'est un gigantesque marché noir où vous êtes millionnaires en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. C'est illégal, très risque en tant que touriste mais vous n'avez pas le choix alors vous êtes tous les jours obligés de vérifier les taux de change dans la rue et de trouver quelqu'un de confiance et ce peut être un exercice périlleux que de vouloir changer les fameux billets verts.
Le Zimbabwe est un pays magnifique situé entre le Botswana, la Zambie et le Mozambique. Son histoire est forte en rebondissements et il souffre aujourd'hui de la persistance d'un seul homme qui est au pouvoir depuis maintenant 27 années consécutives. Les élections sont pour l'année prochaine mais les gens n'hésitent pas à dire qu'ils connaissent déjà le vainqueur qui a aujourd'hui 84 ans. Il ne fait pas bon prendre parti dans l'opposition au Zimbabwe. Les étudiants sont endoctrinés, les enseignants grévistes menacés, les populations pauvres et vivant dans les zones les plus reculées fortement conviées à voter " comme il se doit ". Il arrive même que l'approvisionnement en certains produits de premières nécessités soit empêché dans les districts ayant ou étant soupçonnés de soutenir l'opposition. Ce pays et son gouvernement se disent démocratique, Monsieur Mugabe se dresse tous les jours pour hurler face aux sanctions maintenues par les pays du Nord mais il continue à jouir chaque jour d'un peu plus de pouvoir et il a tout de même déclaré les élections de 2002 non valides pour s'auto proclamer président et faire ce que bon lui semble. Les intérêts économiques amenant aux investissements étrangers disparaissent jour après jour, le tourisme international contourne ce pays d'une beauté incontestable, de nombreux fermiers blancs furent chassés de leur propriété, c'est une descente aux enfers qui devrait appeler à une plus forte mobilisation des instances internationales.
En 2001, il était estimé que le revenu minimum pour mener une vie correcte était de 35 000 Dollars Zim alors que le salaire minimum était à l'époque de 15 000. La " Land Reform " a fait chuter la production de tabac de 75% pour un pays qui était alors le second producteur mondial. Les revenus provenant du tourisme ont chuté de 400 millions de dollars US à moins de 80 millions en à peine 6 ans, 70 % de la population vit d'une agriculture de subsistance, le SIDA a ramené l'espérance de vie à 40 ans et il est fortement possible que toutes ces données se soient aggravées depuis 2001.
Difficile d'imaginer quoique ce soit de bon pour ce pays tant que son vieux - faux président persistera !!!
Néanmoins, en restant éloigné de Harare et Bulawayo, j'ai passé 2 semaines formidables dans un pays qui se révèle être pas plus dangereux que ses voisins mais je n'aurai jamais que les yeux d'un touriste. Je me suis donc dirigé vers Mutare, presque à la frontière du Mozambique pour découvrir une région appelée Eastern Highlands où ce sont à mon grand bonheur les montagnes qui dessinent le paysage. Entre les Bvumba Montains, le Nyangani qui atteint presque 2600 mètres pour être le plus haut sommet du pays, j'ai choisi le parc de Chimanimani pour quelques jours de marche et ce fut encore une fois une révélation. Seul en montagne, je me sens bien et tout particulièrement là bas. Le village de Chimanimani est ancré au pied de plusieurs collines et non loin de là , se trouve le parc où si j'avais prévu plus de nourriture, j'aurais passé 1 ou 2 jours supplémentaires. 5 bonnes heures de marche pour rejoindre l'entrée du parc où la première nuit fut courte pour pouvoir accéder au plateau principal au plus tôt le lendemain matin. Après une montée agressive de presque 3h, c'est l'arrivée au plateau et la découverte d'un terrain de jeu donnant l'impression d'une gigantesque cour de recréation où tout comme à l'école les rires et les pleurs ne vont pas hésiter à se mélanger. Une vallée de plusieurs kilomètres de long enfermée entre d'innombrables masses rocheuses qui appellent toutes à aller voir ce qui se trouve de l'autre côté de la montagne (je t'y emmènerai mister Gaillard, c'est promis). Une vallée qui laisse couler en son milieu la rivière Bungi, qui est traversée la nuit par des mozambicains souhaitant passer la frontière sans avoir à présenter leurs papiers, qui invite à savourer une profonde cohésion avec dame nature et son environnement dont il faut prendre soin chaque jour un peu plus et enfin une vallée qui vous laisse choisir en toute liberté la direction de votre marche.
J'ai eu l'occasion de faire plusieurs sommets, tous eux environs de 2300 mètres, tous très éprouvants car sous une chaleur qui ne me plait guère mais avec laquelle il faut composer. Des points de vue exceptionnels, prit par les nuages en haut du Ben Nevis avec le tonnerre qui grondait si près de moi que je ne suis pas resté très longtemps, passé au Mozambique quelques instants puisque le mont Binga - 2437 mètres et plus haut sommet du Mozambique - vous fait passer la frontière de façon virtuelle, totalement perdu et accusant 10h de marche durant la redescente de cette vallée en essayant de retourner au village, prenant le temps de traverser ces paysages splendides sous un soleil cognant comme un marteau sur le haut de votre tête mais quel délice !!!
En route vers le Great Zimbabwe, une ruine qui pourrait presque rivaliser avec certains vestiges sud américains en terme d'architecture. Quantité de pierres taillées, déplacées et agencées pour donner des murs qui ne se sont pas encore totalement écroulés. L'édification a commencé au 11ème siècle pour donner quelques 200 ans plus tard une structure de 100m de large et de 225m de circonférence dont les murs les plus hauts peuvent atteindre 11m. Cet héritage du peuple Shona est aujourd'hui parsemé d'une végétation luxuriante qui laisse une impression de jardin botanique, les vestiges situés sur la colline dominant le site offrent des points de vue ahurissants.
Puis, il aura fallu passer Masvingo avec un routier sud africain fatigué de sa solitude et heureux de faire un bout de chemin avec un jeune touriste, atteindre Bulawayo qui n'est vraiment pas rassurante pour ensuite tenter d'entrer au parc Hwange mais je ne m'attarderai pas sur le sujet puisque cette tentative fut un échec difficile à encaisser alors j'ai finalement décidé de visiter le côté Zimbabween des chutes Victoria qui, selon moi, a beaucoup à envier au côté Zambien. J'ai tout de même eu la chance d'être face aux chutes lorsque le soleil a surgit juste au dessus d'elles vers 6h15 : une image captivante, de toute beauté, donnant envie d'être accompagné mais patience ...
C'est à Victoria Falls que j'ai rencontré Jean, Anne et leurs 4 enfants vivant tous à Gaborone, ils étaient en vacances et m'ont proposé de me déposer à Kasane au Botswana, le point de départ de toutes les visites du Chobe National Parc. Je n'aurai pas pu rêver mieux pour entrer dans ce qui sera le dernier pays de mon séjour en Afrique.




